Thiéfaine : une « Stratégie de l’Inespoir »

Deux ans après la consécration (enfin) de son dernier album primé aux Victoires de la Musique, Thiéfaine revient avec un nouvel album « Stratégie de l’inespoir ». Les musiques sont signés Yan Péchin et Christopher Board mais l’on retrouve également Arman Méliès, JP Nataf, Calo ou encore Jeanne Cherhal. C’est à Lucas Thiéfaine et à Dominique Ledudal que Thiéfaine a confié la réalisation de ce dix-septième album, qui se révèle être certainement l’un des plus marquants de cette fin d’année.

Mais qu’est-ce que l’inespoir ? L’inespoir est une absence d’espoir mais en même temps une absence de désespoir. Un constat de défaut d’après l’oeuvre de Nietzsche. Thiéfaine l’a croisé chez Drieu La Rochelle ou Verlaine, il le regrettait et en offre aujourd’hui une très belle définition contemporaine.

Son écriture, unique, précise raconte, peint l’inespoir en noir et blanc. Jamais gris, que de contrastes. Thiéfaine pose un regard, interprète sa réalité. Sévère avec « Médiocratie » sur les réseaux sociaux, surprenant avec le très rock « Retour à Celingrad », un hommage délicat à l’auteur de « Voyage au bout de la nuit ». « Karaganda » éclate comme un ballet, une pièce chargée d’énergies cendrées, de colères portées par l’ensemble. Il est aussi question d’amour, de « lubies sentimentales », d’amours qui n’en sont plus, « Amour désaffecté ». Puissante, exigente, la finesse de Thiéfaine est bien là : jouer de la poésie sans en abuser, où sons et sens jouissent d’une osmose rarissime.

« Toboggan » et « En remontant le fleuve » éclairent le cycle d’une vie, d’un chemin que l’on remonte à la recherche d’une réponse, comme une quête avant l’abandon, la descente inévitable, le glissement vers la fin. Mais se protégeant d’une émotion maladroite, le disque se clôture avec « Père et Fils »,

Un grand disque porté par une énergie furieuse, viscérale et élégante.

 

En concert au Palais des Sports les vendredi 16 et samedi 17 octobre 2015